Les mécanismes du crowdfunding

En France, le terme le plus communément utilisé pour parler de crowdfunding est celui de financement participatif qui « consiste pour un porteur de projet – quel que soit son statut : particulier, organisation marchande ou non – à avoir recours aux services d’une plateforme de crowdfunding – généraliste ou spécialisée – afin de proposer un projet – finalisé ou non – auprès d’une communauté de financeurs – qualifiés de soutiens ou backers – en échange éventuel de contreparties préalablement définies » (Onnée et Renault, 2013). De nombreux travaux se sont intéressés au phénomène de crowdsourcing qui prend une ampleur de plus en plus importante pour le financement de la première étape de lancement d’un projet de création d’entreprise.

Origines et incidences du financement participatif

Le crowdfunding, loin du fonctionnement des institutions bancaires classiques, ouvre de nouvelles opportunités d’appréhender la recherche de financement pour les créateurs d’entreprises. Initialement mobilisé pour le soutien à des activités culturelles, il contribue grandement au secteur de l’entrepreneuriat, notamment au soutien financier lors du premier stade de lancement d’un projet. Les porteurs de projets l’ont bien compris et la multiplication des plateformes spécialisées dans le domaine en est la preuve (KPMG, 2018).

Toutefois, la notion de crowdfunding dépasse la simple recherche de financement. Lors d’une campagne de collecte, les donateurs ne contribuent pas simplement au financement du projet, ils envoient également un signal à l’entrepreneur. Belleflamme et al., (2015) identifient trois raisons d’utiliser le crowdfunding : trouver un financement, faire connaître le projet et obtenir des réactions et opinions de la part des pairs et des contributeurs rappelant à quelques égards le processus d’effectuation.

En fonction du niveau d’engouement mesuré, un signal plus ou moins fort est envoyé aux porteurs de projets et au système bancaire « classique ». En effet, si la foule est prête à financer un projet, on peut estimer qu’elle est également en attente du nouveau service (ou produit) proposé. Pour de nombreux auteurs, une phase de crowdfunding peut être considérée comme un excellent indicateur sur l’ampleur d’une demande future et devrait plus systématiquement servir de signal positif (ou non) donné au marché, pour un financement complémentaire porté par les banques.

La mécanique du financement participatif

La littérature sur le crowdfunding fait très régulièrement référence au rôle central des amis et de la famille (F&F, pour friends & family) du porteur de projet comme vecteur essentiel de réussite d’une levée de fonds. Dans les faits, le porteur de projet cherche en premier lieu à mobiliser son premier cercle. Ces individus sont souvent les plus faciles à sensibiliser du fait de leur niveau de proximité affective avec le chef d’entreprise. D’après Hampton et Wellman (2002) « given the local nature of social networks, F&F tend to be disproportionately local ». Le rôle de ces premiers contributeurs est à prendre très au sérieux car ils seront gage de confiance et viendront pallier l’asymétrie d’information inhérente à de telles levées de fonds.

Comme l’affirment Agrawal et al. (2015), « to the extent that distant funders disproportionately rely information revealed in the investment decision of others, F&F might play an important role in making early investments that generate that information ». En d’autres termes, il apparaît que les contributeurs dits « F&F », compte tenu de leur proximité avec le porteur de projet, disposent d’informations complémentaires – sur la viabilité économique du projet, le déroulement de la campagne, son niveau de préparation, etc. – susceptibles d’influencer la participation ou non de financeurs plus éloignés et donc, globalement, d’impacter la dynamique de la levée de fonds en élargissant le réseau social de l’entrepreneur.

Ainsi, il est de mise de considérer, lors d’une campagne de crowdfunding, trois cercles communautaires d’investisseurs potentiels : le premier cercle correspond aux très proches – la famille, les amis et les fans ; le deuxième cercle est constitué des connaissances du premier (les amis d’amis, les anciens collègues, les membres d’une association, etc.) ; le dernier cercle correspond aux personnes extérieures mobilisables par les deux premiers cercles.

Compte tenu de la situation d’asymétrie d’information latente, entre certains contributeurs et le projet, il apparaît que les investisseurs du troisième cercle conditionneront leur participation à l’état d’avancement de la levée de fonds, à la dynamique de la campagne – niveau de réalisation des objectifs intermédiaires – et à la capacité du porteur de projet à mobiliser son premier et deuxième cercle.

Crowdfunding : liens faibles et réseaux sociaux

A noter, et ce a priori de manière contre-intuitive, certains auteurs (Forsé, 2001 ; Granovetter, 1973) affirment qu’un individu disposera d’un capital social plus important si son réseau comporte plus de liens faibles, autrement dit plus de connaissances éloignées que d’amis proches. Ce résultat s’explique par le fait que les connaissances éloignées – à l’inverse des liens forts – sont ouvertes vers des groupes extérieurs discontinus qui décuplent les possibilités d’accès aux ressources – dans le cadre d’une levée de fonds, notamment. Burt (2004, 1992) confirme cette idée en développant la notion de trous structurels. Selon l’auteur, des liens faibles permettent au porteur de projet de bénéficier d’un réseau plus ouvert comportant des « trous » structurels, susceptibles d’amplifier la taille de son réseau, et donc la valeur du capital social : un trou structurel étant défini comme la séparation entre deux contacts non redondants. Burt donne par ailleurs une définition du capital social qui illustre bien l’importance de cette notion : « le capital social réside aussi en la possibilité du porteur à exploiter à son avantage les trous structurels que présente son propre réseau ».

À l’instar de ce que nous avons vu précédemment, l’existence de nombreux liens faibles dans un réseau social pourrait être bénéfique lorsqu’il s’agit de crowdfunding. En effet, les liens forts, fonctionnent en circuit fermé. Dans ce genre de contexte, l’information devient vite redondante et les individus composants ce type de réseau se trouvent trop rapidement confrontés à un manque d’informations nouvelles essentielles au maintien de la dynamique d’une campagne de crowdfunding. Au contraire des liens faibles, quant à eux, qui ont la capacité d’exporter des signaux vers d’autres horizons exsangues d’informations et ainsi entretenir plus facilement la dynamique de la campagne de levée de fonds.

Pour conclure

Nous pouvons dire que le capital social, au travers des réseaux sociaux, occupe une place importante dans le crowdfunding. Il est nécessaire pour le porteur de projet de bien analyser son réseau social en amont afin d’opérer de manière efficace dans le cadre de ce type d’appels à contribution, mais également pour savoir sur quel groupe d’individus s’appuyer afin de faire circuler l’information.

Dans tous les cas, les porteurs de projet doivent être en mesure d’animer les différentes dimensions mobilisatrices du mécanisme de crowdsourcing. En effet, les premiers et deuxièmes cercles doivent impulser des dynamiques fortes vis-à-vis du crowdvoting et du crowdcreation, pour permettre à un troisième cercle de se structurer et de lancer la dynamique attendue en termes de crowdwisdom et de crowdfunding. Au final, la constitution du troisième cercle repose donc sur une double appropriation : l’ouverture aux quatre sous-ensembles du crowdsourcing et la forte implication des premiers et deuxièmes cercles communautaires. Cependant, même si l’interaction entre le citoyen et le projet peut être matérialisée par cette approche, il n’en demeure pas moins que de nombreuses avenues pouvant expliquer la constitution du troisième cercle restent à explorer.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à prendre contact avec l’équipe de MUTEAGO qui vous aidera dans votre recherche de financement.

Dominique WOLFF (DG, Mutéago)

Quelques références

AGRAWAL, A., CATALINI, C. et GOLDFARB, A. (2015). Crowdfunding: Geography, Social Networks, and the Timing of Investment Decisions. Journal of Economics and Management Strategy, n°24, pp. 253-274.
BELLEFLAMME, P., OMRANI, N. et PEITZ, M. (2015). The economics of crowdfunding platforms. Information Economics and Policy, n°33, 11–28, 2015.
BURT, R. (2004). Structural holes a good idea. American Journal of Sociology, n°110, p.349-399.
MOLLICK, E. (2014). The Dynamics of Crowdfunding: an exploratory study. Journal of Business Venturing, vol.29, n°1, p. 1-16.



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