Coaching scolaire et entrepreneuriat – une autre manière de redonner sens aux études pour certains décrocheurs

La lecture d’un papier de Raymond-Robert Tremblay – Directeur Général du CEGEP à Trois-rivières, Qc., Canada – sur les formations à l’entrepreneuriat dans les CEGEP au Québec m’a fortement interpellé et m’a rappelé l’expérience que j’avais mise en place lorsque j’étais Directrice de l’incubateur de l’Ecole Supérieure de Commerce et de Management Tours-Poitiers (ESCEM – campus de Tours), il y a maintenant quelques années.

Coaching scolaire et entrepreneuriat – retour d’expérience

Entre 2009 et 2015, des principaux de collèges de la ville de Tours nous ont contacté dans le cadre d’une opération dite des « Cordées de la réussite ». Il s’agissait de faire connaître et rendre accessible les écoles de commerce ou d’ingénieurs au plus grand nombre. Dans cette perspective, il nous fallait mettre en place des méthodes pédagogiques adéquates, basées sur le coaching scolaire, afin d’atteindre les objectifs suivants :

  • Faire prendre conscience aux élèves que les apports théoriques étaient reliés à une réalité terrain et qu’ils pouvaient être un outil au service de leurs projets. Bien souvent, ces collégiens avaient des difficultés liées à l’apprentissage scolaire qui restait trop abstrait pour eux. Sans aller jusqu’à parler de phobie scolaire, le savoir leur paraissait pénible et inutile et le cadre scolaire bien souvent déconnecté de leur réalité.
  • Placer les élèves dans une posture de réussite personnelle vis-à-vis du savoir afin qu’ils retrouvent une confiance dans leurs capacités d’apprentissage. Beaucoup d’entre eux étaient en échec scolaire et cette image leur collait à la peau vis-à-vis d’eux-mêmes et de leur entourage (parents, amis, professeurs…). Ce qui, bien entendu, les entraînait dans une spirale d’échec, notamment pour leur future intégration professionnelle.
  • Les ouvrir vers le monde extérieur, grâce au coaching d’orientation, afin de leur offrir une vision la plus large possible de leur horizon professionnel à venir, s’agissant dans la majorité des cas d’adolescent(e)s en classe de troisième.

Coaching scolaire et formation à la création d’entreprise pour des collégiens

A la lecture de ce cahier des charges, il m’a semblé évident que l’entrepreneuriat pouvait être le moyen idéal pour atteindre tous ces objectifs. J’ai donc proposé de les accueillir à l’incubateur de l’Ecole Supérieure de Commerce (ESCEM Tours-Poitiers) pour qu’ils y réalisent leur stage de troisième. L’objectif était de leur demander de créer une entreprise en une semaine et de les sortir de leur cadre habituel afin de leur ouvrir de nouveaux horizons professionnels. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je les avais installés dans l’incubateur au milieu de « vrais » porteurs de projet et de chefs d’entreprise. Cela leur donnait une énergie telle qu’au premier soir, ils ne pensaient plus au collège, aux mauvaises notes (pour certains), à l’ennui dont ils me disaient souffrir en classe. Je devais même en venir à les raisonner afin qu’ils quittent bien leur poste de travail à 16h30, comme la convention de stage le prévoyait, tellement ils débordaient d’énergie et d’idées. Un comble pour des élèves dont le carnet de correspondance était « surchargé » de mots d’excuse tentant de justifier des retards/absences systématiques en classe !
Aucun apport théorique n’était donné au départ. Nous avions construit notre projet selon une logique de pédagogie inversée : la théorie et la technique devaient faire l’objet d’une demande préalable de l’élève. Le programme s’appuyait sur une BD « Lucy et Valentin créent leur entreprise » et j’avais composé un tableau de bord reprenant les principales étapes de la formation à la création d’entreprise , un planning précis, un book pédagogique… Ce document leur était présenté lors de la première demi-journée. Ensuite des équipes étaient constituées car, dans le même temps, je souhaitais qu’ils soient confrontés aux difficultés spécifiques des travaux collectifs – répartir les rôles, apprendre à d’écouter, savoir débattre, argumenter, défendre son point de vue, synthétiser, retranscrire, prendre la parole en public…

une jeune adolescente est assise un manuel en main, entre les rayonnage d'une bibliothèque

Ensuite, j’étais à leur disposition dans mon bureau comme pour toutes les porteuses et tous les porteurs de projet installé(e)s au sein de l’incubateur. Il pouvait disposer d’apports théoriques sur la gestion, le marketing, la vente, la communication quand ils le souhaitaient sous la forme de coaching scolaire, à condition de prendre RDV, même si je faisais en sorte que les délais soient symboliques.

La fin de semaine était consacrée à la soutenance de leur projet devant leurs professeurs, le chef d’établissement et des chefs d’entreprise. Je les préparais à cette soutenance pour leur donner les rudiments de la prise de parole en public.

Bilan de cette expérimentation entrepreneuriale pour des adolescents

Le bilan de cette opération s’est avéré incroyablement positif, à plus d’un titre.

Tout d’abord, l’implication des collégiens a été exceptionnelle. D’ailleurs, la première « promo » n’était composée que de 3 groupes alors que 5 ans plus tard nous avons dû nous limiter à 15 groupes de 4 élèves – pour malheureusement 300 postulants. Le bouche à oreille fonctionnait très bien entre collégiens et ils disaient « va à l’incubateur, tu apprendras plein de choses et tu pourras bouger » !
Leurs professeurs, qui venaient les voir régulièrement s’étonnaient de leur professionnalisme, de leur assiduité et surtout du résultat obtenu en une semaine.

J’ai été souvent sollicitée pour apporter des éléments théoriques en gestion, marketing, communication…La pédagogie inductive a fonctionné et leur attention au savoir était totalement mobilisée. A la différence du cadre habituel, lors de cette expérimentation, l’utilité de ces savoirs ne faisait plus aucun doute pour eux !

une classe d'adolescents souriants se prépare à entendre le clap de départ d'un film dont ils seront les acteurs

Ils étaient plus sociables entre eux car de la qualité de leur communication, dépendait la qualité de leur projet. Or, ils avaient une réelle envie de réussir, ce qui ne leur arrivait plus dans le cadre scolaire. Ils se sont approprié le projet en le choisissant et y ont vu un réel challenge.

Grâce une phase de coaching d’orientation intégrée à cette expérimentation entrepreneuriale, les préjugés sur les études supérieures, les professeurs et les étudiants d’écoles de commerce ont été balayés. En effet, lors de cette formation à la création d’entreprise, ils ont dû communiquer et même parfois interroger le personnel, les professeurs de notre école de commerce, mais aussi aller au-devant de nos étudiants qui, pour 50% d’entre eux, sortaient de prépa aux grandes écoles. Du reste, vu le succès de cette opération – en interne mais aussi en externe – certains de nos étudiants, qui avaient suivi la filière entrepreneuriat, ont souhaité devenir leurs tuteurs scolaires.

La représentation qu’ils avaient des chefs d’entreprise avait également évolué car ils ont été très bien accueillis par les résidents de l’incubateur qui n’étaient pas les derniers à les conseiller. On peut facilement imaginer que leur approche vis-à-vis du monde professionnel en ait été ensuite modifiée. A partir des retours que j’ai pu collecter lors des séances de coaching d’orientation que nous leur offrions en supplément, j’ai pu noter que la vision de leur avenir professionnel avait radicalement évolué. Certains, sans idée – ni envie – se voyaient comptable, d’autres semblaient avoir pris le virus de la vente, quelques-uns grisés par la prise de parole parlaient même de se lancer dans des études de journalisme…

Bref, cette expérimentation entrepreneuriale, dès la classe de troisième, leur aura permis de tester leurs préférences et de gagner en confiance en soi. Les soutenances finales, pour lesquelles nous mettions un soin particulier à inviter des jurys constitués de personnalités localement reconnues, y était pour beaucoup. Nous avons vécu des moments forts, dont ils ont retiré fierté et joie ; ils n’étaient pas vraiment habitués à avoir du succès en ce domaine. Pour certains, aller au collège, ne rimait qu’avec contrainte !

Avec le recul, ces quelques ancrages positifs ont été des vecteurs de renforcement personnel, de développement des compétences et de réhabilitation des savoirs scolaires. L’entrepreneuriat en a été le socle, la pédagogie inversée un vecteur, et le coaching scolaire l’un des moyens.

Catherine WOLFF (MUTEAGO, Présidente)



Nous contacter
Nous appeler !
Nous écrire